Pour fuir les conflits, il faut se réfugier en Suisse. C’était vrai au XXe siècle, cela le demeure aujourd’hui même lorsqu’ils sont devenus numériques. « Nous n’avons pas pris la fuite ! », martèle, cependant, Eugene Kaspersky, l’exubérant fondateur et dirigeant de l’entreprise de sécurité informatique à son nom, droit dans ses bottes sur l’épaisse moquette d’un hôtel de luxe de Zurich.

Mardi 13 novembre, Kaspersky, le géant russe de la cybersécurité, y présentait devant clients, experts et journalistes, ses premières actions en matière de « transparence ». Le début, en l’occurrence, du rapatriement des données de certains de ses clients dans des serveurs basés en Suisse. Loin, en théorie, de la suspicion qui entoure les liens entre l’entreprise russe et le Kremlin.

Car Kaspersky est empêtré depuis plus d’un an dans un feuilleton politico-médiatique aux relents de guerre froide. Les Etats-Unis, et dans leur sillage certains alliés, accusent le fournisseur d’outils de protection informatique d’être une taupe des services de renseignement russes. Concrètement, les logiciels antivirus de Kaspersky, qui disposent par nature d’un large accès aux données transitant dans les ordinateurs sur lesquels ils sont installés, seraient, avec la complicité de l’entreprise ou à son insu, utilisés par la Russie à des fins d’espionnage.

Ces accusations ont une conséquence directe sur l’entreprise, même si cette dernière rechigne à dire à quel point. Les Etats-Unis ont banni ses logiciels de tous les réseaux fédéraux. Récemment, les Pays-Bas ont fait de même. Il y a un an, Eugene Kaspersky avait promis une parade : un « centre de transparence » dans un territoire neutre. La seule solution, selon lui, pour tenter de lever le voile de la suspicion.